Archive for the “Public Stories” Category

Things which happend into public space / Des choses qui arrivent dans l’espace public

Chaude après-midi à Nice en préparation des Traversées du territoire : http://www.botoxs.fr/.

Tout d’abord, je croise une mère qui répète comme un mantra à son interlocuteur téléphonique « Moi je vais voter Le Pen. Marine, elle va nous nettoyer toute cette racaille ». Vraisemblablement, elle est fille d’immigrés ; elle se défend « moi je suis né en France, je me sens française » tout en écoutant de la musique berbère. Elle est aussi aisée puisque que le quartier qu’elle habite, agglomère hôtels particuliers, résidences sécurisées, et villas bourgeoises. Je suis assez surpris qu’elle dise qu’elle va voter Le Pen « pour l’avenir de son fils de quinze ans ». Je doute que les hypothétiques mesures pour « nettoyer toute cette  racaille » que prendrait Marine Le Pen (si elle était élue) n’épargne son jeune fils, au prétexte qu’elle ne considère pas qu’il en fasse partie. Car on imagine tristement sa politique sécuritaire s’inscrire dans la surenchère de celle, tendancieuse, du gouvernement actuel dont le contrôle au faciès est un exemple récent*.

Sur l’instant, j’hésite à enregistrer la conversation qui tourne en rond et dure bien 5 minutes, mais je ne le fais pas.

J’avance un peu et amorce l’objet de ma balade, la réalisation diurne de quelques enluminures** en vue d’une visite orientée, demain, qui traverse la ville du nord au sud. Une dame d’une soixantaine d’année vient à passer.

LA DAME :    - Qu’est-ce que ça signifie ?
MT :        - C’est un symbole Peace and Love.
LA DAME :    - Ah, paix et amour ? Mais ce n’est pas de votre époque ça !

J’arrive enfin à une série de gravures dans le bitume, dialogue amoureux entre Mon Minou et Ma Puce qui s’étale sur une trentaine de mètres de trottoir.

Après avoir enluminé le premier cœur, j’attaque un Mon Minou, au milieu des chiures de pigeons. Le responsable du syndic de l’immeuble sort, hors de lui. Chronique de la haine ordinaire :

X  : – Non mais je le crois pas, tu penses pas que tu es trop vieux pour faire ce genre de merde. [...]
- Tu te prends pour un artiste ?
- Trouve-toi un vrai travail. [...]
- En plus t’as vu comment t’es habillé ? Une vraie tête à claques***.
- Encore tu viendrais d’Afrique ou d’une banlieue, je comprendrais, mais là**** ?
- Ç’aurait été simple, on t’aurait réexpédié à la frontière, ni une ni deux. [...]
- Personne ne t’a appris à marcher au pas ?
- Tu vas voir je vais appeler les flics.
MT: – Vas-y ! J’ai rien fait de mal. Je ne dégrade pas.
X : – T’es quoi fils de flic ? fils de magistrat***** ? [...]
X :  – Mais tu sors d’où ? Va faire ça ailleurs !
MT : – Oh mais c’est ce que je fais tous les jours ici et dans toutes les villes de France. [...]
X : – Vas-y refais ta merde je vais te filmer, tu vas être célèbre sur Internet !
MT : – Ok, mais alors si vous me filmez je finis le travail ! [...]
X : – Déjà, je veux pas avoir à nettoyer ta merde de graffiti, je suis responsable du syndic et j’ai déjà assez des crottes de pigeons.
MT : – Il n’y aura pas besoin de nettoyer, c’est de la peinture à l’eau ça va s’en aller tout seul.
Je ne fais pas du graffiti, ils sont déjà là. Je remplace juste la saleté par de la dorure. [...]
X : – Pas de ça chez moi. pourquoi tu fais ça ?
MT : – Pour les passants. Les gens attentifs.
X : – Non mais tu rigoles, on est au bord de la guerre civile. On en a ras le bol.
MT : – Je ne dégrade rien j’apporte un autre point de vue ; j’aurai pu me barrer, mais tu vois on discute.
X : – Non, tu envenimes la situation, le vase est prêt à déborder, et toi c’est la goutte d’eau.
- Je me sens agressé par tous ces tags. Tu veux qu’on aille sonner chez tous les voisins tu vas voir ce qu’ils en pensent.
MT : – Oh, pas besoin, si j’ai envie d’entendre ce discours haineux il me suffit d’allumer la télé. [...]
- Et là tu fais quoi ? Tu m’agresses non ? Est-ce que je te parle mal moi ? Chacun son point de vue.
- Quel projet de ville tu as ? Tu veux vivre dans un monde aseptisé ? [...]
- Ce qui m’agresse ici ce sont toutes ces caméras.
X : – Je n’étais pas pour au début, mais quand ma fille s’est faite volé son scooter, ils ont arrêtés les mecs dans l’heure. [...]
- Je les vois faire, je leur règle leur compte moi-même. Et je ne serais pas seul. [...]
- Je surprends un mec qui fait ça (désignant l’utilitaire tagué derrière moi), je lui jette à la gueule le premier truc qui passe.
MT : – Et moi si j’estime que les CRS m’agressent par leur présence outrancière, ça me donne le droit de leur jeter des pavés à la gueule ?
X : – Mmm. pourquoi pas ! [...]
X : – J’y crois pas j’aurai aimé enregistrer notre conversation !
MT : – De mon point de vue c’est intéressant aussi.

Fin de la discussion. Impossible de communiquer, donc de finir l’enluminure. Pour la première fois depuis 2006******, je reste sur la frustration du devoir mal accompli.

Je vais repasser demain avec un groupe du quinzaine de personne pour leur raconter cette historiette d’amour inscrite dans le béton. Je ne sais pas si j’arriverai à passer sur la haine que cette tentative avortée a suscité.
Probablement pas, le nom de cette marche est « La Cohorte », et en temps de guerre, il faut savoir choisir ses armes.

MT

– Notes –

* http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/05/23/des-avocats-se-mobilisent-contre-les-controles-au-facies_1526027_3224.html

** Cette action consiste à remplacer la saleté incrustée dans les gravures par des dorures. Les enluminures disparaissent toutes seuls au bout de quelques mois, à mesure que la saleté remplit les commissures.

*** Au-delà du fait que je ne sois pas habillé en style rugby-man bronzé réglementaire pour un hétérosexuel de mon âge, c’est surtout le fait que j’ose lui réponde qui le sidère.

**** J’interprète ce sous-entendu : « tu es blanc et tu as pas l’air spécialement bête ou pauvre, et pourtant… ».

*****     Ce que je finis par décoder : « Tu réponds avec trop de flegme. Si tu assumes tellement ta position c’est que tu dois te croire au dessus des lois… », je le réalise plus tard quand il me parle du Maire Estrosi et du fait que Nice Propreté ne nettoie que les beaux quartier…
X :    - T’as qu’à aller faire ça dans le bas de la ville !
MT :     - Oh mais bien sûr, j’ai commencé par là.

****** Un slogan « PARIS HILTON = 1 MARSEILLE DUCHAMP = 0 » avec les Poetic Roller interrompu en cours par la venue d’un vigile. Le plus dur ce n’est pas d’assumer les conséquences de son acte, mais celles de l’acte manqué.

ENGLISH VERSION SOON

Comments No Comments »


La période des soldes s’achève avec son lot de boites en carton abandonnées à la rue. Pauvres moutons !

The sales period is ending. Cardboard boxes are abandoned on the street. Poor sheeps!

Intervention
« Le mouton dans la boîte (The Sheep in the Box) », Abandoned cardboard box, three holes, 2011, Arles, Mathieu Tremblin

Citation
« Le Petit Prince (The Little Prince) », Antoine de Saint-Exupéry (1943)

Comments 1 Comment »


Guy Ernest Debord


En atteste les comptages de manifestants pour lesquels la police ne comptabilise pas les piétons marchant sur les trottoirs le long du cortège.

“The effort of all established powers [...] to increase the means of maintaining order in the streets, eventually culminate in the removal of the street. ” Guy Ernest Debord

Evidenced in the fact that police do not count pedestrians walking on sidewalks along the mob during demonstration.

Illustration

« CGT ». Inscription au fumigène d’un syndicaliste dans une manifestation. 2009. Photographie par Mathieu Tremblin.
« A supprimer ». Inscription à la bombe de marquage fluorescente d’un travailleur de la voirie. 2008. Photographie par Mathieu Tremblin.

“To be deleted”. Fluorescent graffiti made by a road worker. 2008. Photography by Mathieu Tremblin.
“CGT”. Graffiti with smoke device by a CGT unionist during a demonstration. 2009. Photography by Mathieu Tremblin.

Comments 1 Comment »

Un hangar désaffecté sous scellé en plein milieu d’un carrefour. Mais pour ceux qui savent, il est ouvert 24H/24.
A abandonned warehouse under seal in the middle of a crossroads. But for those who know, it’s open 24 hours a day.

Illustration
« Ouvert 24H/24 (Open 24H a Day) ». Juin 2010. Toulouse. 15 x 2 m. Peinture et photographie par Mathieu Tremblin.

Comments 5 Comments »

hexagone_demo
Coût théorique de l’action « La France à échelle humaine »

34 feuilles A4 noires 120 g + colle et brosse
5 minutes de préparation
25 minutes de collage

Previsionnal cost of the action “France at human scale”
34 A4 black sheets 120g + glue & brush
5 minutes of preparation
25 minutes of pasting

1005_160
1005_163

Coût réel de l’action

34 feuilles A4 noires 120 g + colle + brosse
1 médiateur / assistant
15 minutes de préparation
40 minutes de collage
1 téléphone portable égaré
1 renouvellement de carte SIM
1 nouveau téléphone
1 rendez-vous raté

C’est ce qu’on appelle le terrain accidenté du réel.

Real cost of the action
34 A4 black sheets 120g + glue and brush
A mediator / assistant
15 minutes of preparation
40 minutes of pasting
1 lost cellphone
1 SIM card renewal
1 new cellphone
1 missed appointement

That’s what we call the wasted ground of reality.

citation_renaud

Illustration
« La France à échelle humaine », collection Paper Tigers, résidence Place Publique, Mathieu Tremblin, 2010, Toulouse, papier plié et marouflé

Citation
« Hexagone », Renaud, 1975

Comments No Comments »

Home Contact About Gallery Tags Blogs Forum Wallpapers Links